portrait de Guillaume Regaudie, fondateur de Chanson de son vivant
crédit: Morgaine Owens

Guillaume Regaudie, fondateur de Chanson de son vivant

Tout mon parcours m’a mené à ce nouveau chapitre. D’abord comédien formé au conservatoire d’art dramatique de Montréal, j’ai développé l’habileté à me mettre dans la peau de l’autre, à identifier les intentions profondes de mes personnages. Pendant 10 ans, à Montréal, j’ai organisé et animé un cabaret de lecture de textes de théâtre, avec la compagnie le Mimésis. C’est à force de côtoyer ces œuvres que j’ai aussi développé ma sensibilité aux mots et à leur impact. Pendant ces années, j’ai aussi fait la tournée des centres de soins pour sensibiliser les usagers et usagères à leurs droits, à l’aide de pièces de théâtre sur mesure. Mon expérience au sein du Mimésis m’a appris la débrouillardise, la rigueur, la persévérance, en plus des notions de graphisme, de marketing, de rédaction, et tant d’autres aptitudes essentielles désormais à ma vie personnelle et professionnelle.

Parallèlement, j’écris et compose des chansons depuis ma première guitare, à 16 ans. Mon chemin musical s’est tracé parmi tout un éventail de styles, de paroles, ou d’époques. J’affectionne particulièrement Radiohead, Alain Bashung, Richard Desjardins, Daniel Lanois, Helena Deland… Après 3 mini albums, 3 trames sonores pour le théâtre, 3 enfants, plusieurs classes de maître en écriture et en créativité, un intérêt exponentiel pour la production musicale, et beaucoup de chansons et de spectacles au Québec, je me lance dans l’aventure De bois et d’eau – le balado, que je réalise entièrement, et qui me souffle les premiers indices pour la suite: écrire à partir du vécu de quelqu’un. En effet, je me suis entretenu avec des aînés de mon village, Saint-Alphonse-Rodriguez, pour connaître les racines de la place, et je me suis inspiré d’eux pour la composition de 4 chansons originales, révélées à la fin de ces entrevues. Puisque les héros et héroïnes des épisodes étaient parfois de fringants nonagénaires; certains sont donc décédés peu de temps après la diffusion du balado. Je me suis alors retrouvé à chanter ces pièces hommage lors de funérailles. Les familles touchées m’ont confié que ces chansons représentaient des trésors inestimables et inespérés. J’ai alors senti l’impact que mes chansons pouvaient créer chez un individu, dans une famille ou un groupe de proches.


par Guillaume Regaudie


Quand ma grand-mère Célyne est décédée, la célébration s’est déroulée à l’église; elle avait la foi chrétienne et fréquentait ce lieu régulièrement. Des passages de la bible ont été lus puis mon grand-père a prononcé un discours qu’il avait eu la force d’écrire dans les derniers jours. Plus tard,  toute la famille a cheminé vers une salle de réception où le buffet était aussi froid qu’impersonnel. J’ai quitté avec une étrange sensation : est-ce que c’est tout, est-ce que c’est comme ça que je dois dire au revoir à ma grand-mère, et ainsi commencer mon deuil?


Je suis conscient que je fais une description très sommaire de cette journée et que j’omets les sourires complices partagés avec mes cousins et les gestes rituels à l’église qui m’ont fait du bien. Cependant, j’aurais eu besoin qu’un micro soit ouvert, quelque part, parmi la foule. Que tous et toutes saisissent l’occasion de témoigner de leur expérience avec Célyne. Des anecdotes heureuses, importantes ou révélatrices, l’héritage légué à ses amis, ses enfants, ses petits et arrière-petits-enfants; j’aurais aimé les entendre! J’aurais eu besoin de partages, de vérité, d’amour, jusqu’à tous vibrer au même diapason.

C’est quelques années plus tard que le brouillard s’est levé autour de moi, et que j’ai imaginé un cercle de proches, rassemblés autour de la mémoire d’un être aimé, pour partager, se confier, dans l’amour et le respect, et moi, guitare en mains, pour tous nous accorder.


Les montagnes bleues, par Noémie Pons

Les montagnes bleues, par Noémie Pons